Initiation aux jeux de figurines, partie 1, que choisir ?

A l’occasion d’une convention, vous vous êtes égarés en vous rendant à votre table de jdr, et vous êtes tombés devants quelques adultes rejouant une bataille de la terre du milieu avec des figurines miniatures, au milieu d’arbres en mousse et de murailles de plaques d’isolation. Cela vous a intrigué et vous avez assisté au poutrage magistral des défenseurs des champs du Pelennor. Vous avez un peu jubilé car vous aviez toujours pensé que les Hurukaïs étaient plus forts et plus beaux, malgré le parti pris de l’auteur, vil adorateur des oreilles pointues.


Le de Boulogne réécrit l’histoire des champs du Pelennor, source,
Seigneur des anneaux
Games Workshop



En revenant à votre table de jeu, vous avez commencé à ressentir un vide. Et malgré le verbe épique du MJ, quelque chose vous semblait manquer. L’interprétation était plutôt bonne, mais il manquait de la matière. Vous vouliez toucher votre personnage, le matérialiser plutôt que d’imaginer son aspect. Vous vouliez vraiment voir si il pouvait remarquer l’embuscade au delà du coin du bâtiment, en calant votre œil par dessus son épaule ; mais là votre MJ vous a demandé un jet de perception en sirotant son thé. Et comme dans une pièce de Brecht, la réalité vous est revenue à la figure, vous tirant de votre immersion.


L’univers des joueurs de figurines semble assez obscur, même pour leurs cousins proches que sont les rôlistes et les joueurs de (les platistes ?) et de (les carteux ?). Pourtant, ce sont des univers qui ont beaucoup en commun. Ce qui suit devrait vous donner quelques petits conseils pratiques pour avoir un aperçu, que dis-je un devis d’investissement émotionnel ou tout simplement un guide pour bien le jeu de figurines. Les puristes y trouveront sûrement à redire, cela reste de la vulgarisation.

 

A l’époque, on ne savait pas jouer à la guerre sans faire de morts. Heureusement, les choses ont bien évolué depuis.



Qu’est que c’est ?
Pour faire simple, c’est de la simulation de bataille avec des miniatures. Des joueurs vont s’affronter avec des armées, représentées par des petites figurines (et aussi des cartes et des marqueurs de toute sorte) sur un champ de bataille reproduit lui aussi à l’échelle.


Son lointain parent serait le Kriegsspiel, la fameuse simulation d’escarmouche où les élèves officiers apprenaient à avancer les couleurs de leurs régiments sur une carte d’état-major. Son fils serait plutôt le jeu de plateau de stratégie, tel que nous le connaissons ; avec des règles simplifiées et dans un packaging prêt-à-l’emploi. Quant au jeu de rôles, c’est un cousin germain, même ancêtre, mais qui a préféré se focaliser sur quelques pièces maîtresses pour en faire ressortir le côté héroïque.


Arrêtons-nous un instant sur la comparaison avec le jeu de plateau, et un plus particulièrement sur un titre parfait pour illustrer ce propos : . est un jeu de stratégie ou des armées simili-napoléoniennes se disputent le contrôle du globe, mais il reprend de manière diluée quelques éléments du jeu de figurines. Tout le monde connaît, ça pose les bases.

  • Le joueur influe sur la partie à l’aide des figurines représentant son armée.
  • Chaque joueur commence avec la même taille d’armée. Il possède cependant le choix de sa composition ; oui il y a 3 unités, c’est un vrai choix.
  • Le décor se veut fonctionnel et représente le champ de bataille (le monde). C’est un décor discret (en cases), découpé en pays/région ; et les actions des figurines sont fonction de leur emplacement sur cette carte.
  • La résolution de conflit s’appuie à la fois sur les forces en présence (plus il y a de régiments, mieux c’est), mais aussi sur le hasard (grâce au jets de )
  • Il y a un semblant de scénario de type « prise d’objectif », puisque que chaque pays occupé permet d’avoir des bonus



Et maintenant les différences :

  • Les éléments de jeu serait soit construits par les joueurs soit acquis séparement. Le plateau de jeu serait « créé », même si c’est un bout de moquette acheté 10€ chez Casto
  • De même chaque joueur amènerait ses propres figurines pour composer son armée. Plus qu’un choix logistique, cela permet une personnalisation aussi bien esthétique que tactique. Dans les cercles de jeu qui se respectent, et où les membres se comportent en gentilhommes, ces figurines seraient peintes avec amour et dédication.
  • D’ailleurs chaque figurine aurait une valeur propre, des compétences qui permettraient une vraie synergie dans l’armée. Et donc sa composition et son placement aurait une valeur cruciale.
  • Le jeu aurait un univers et un fluff qui lui seraient propres. Un peu comme le jeu de rôles. Et qu’on ne me parle pas de la merveilleuse histoire des rues du Monopoly.
  • La bataille proprement dit pourrait avoir une véritable explication, un scénario, et donc des objectifs plus poussés pour les joueurs que l’anéantissement de son voisin.
  • Visuellement, ça claquerait moultement bien plus.



Ce que j’en pense
Vous l’aurez compris, le jeu de figurines demande un plus d’investissement (temps, talent, travail, argent) que le jeu de plateau. Il possède une inertie d’ aussi beaucoup plus importante. Si la composante modélisme n’est pas à ignorer, les règles sont souvent plus poussées ; aussi la courbe d’apprentissage s’étale plus dans le temps, mais gagne en amplitude. L’aspect esthétique et social est aussi très intéressant, les hobbyistes ont tendance à se regrouper pour partager leur passion.


Total disclosure : je joue aussi à des jeux de plateaux (ça me permet de supporter le reste de l’équipe des DST) et je ne veux en aucun cas les dénigrer (les jdp, pas les membres de l’équipe). Cependant, je trouve que les figurines sont aux jdp, ce que la cuisine traditionnelle est au fast-food ; on passe du temps à la préparation et à la maîtrise de son talent pour au final, avoir une meilleure profondeur de jeu. Réciproquement, le jdp propose une prise en main (packaging et règles) qui permet de se satisfaire dans la demi-heure, avec quasiment n’importe quel public.


dystopian wars from hamburg

Le club de Wargame de Hambourg joue à la bataille navale, source

Spartan Games



Trouve ce que tu aimes
Cela pourrait être le conseil de départ. Il y a quasiment autant de types de jeux de figurines, qu’il y a de joueurs. Le jeu que tu vas choisir sera la combinaison :

  • D’un type/taille de jeu : quelle taille de figurine, quel nombre de figurines et quel plateau ? Bataille rangée (15mm très populeux) ou escarmouche (25mm avec une dizaine d’individus spécialisés) ou bataille navale/aérienne(1/1200e) ?
  • De l’univers, son fluff, son ambiance. Tout ceci est propre au jeu et est décrit dans le livre de base. Il y en a pour tous les gouts : Historique, med-fan, futuriste, steampunk, utopique, apocalyptique
  • D’un système de résolution, de ses règles. Idem que ci-dessus, quoique quelques parties d’initiation sont le meilleur médium pour vérifier la prise en main. Les points à vérifier seraient le nombre de figurines en jeu, le type de tour, les déroulements des actions, la gestion des conflits. Plus secondaire, l’importance du terrain, du hasard, et l’impact des règles spéciales de chaque unité.
  • D’une faction, de son histoire et de ses traits tactiques. Les anciens joueurs donneront toujours un avis plus fiable que le livre de règles, qui se doit à une certaine neutralité
  • D’un style de jeu, qui est unique à chaque joueur. Personnellement, j’adore l’offensif, les batailles courtes, brutales et efficaces. Je préfère l’infanterie légère avec des grosses armes visibles, car j’ai beaucoup d’affect à compenser.
  • D’esthétique des figurines, il faut qu’elles plaisent, vous allez les avoir sous le nez pendant de longues heures. Pourrez-vous les peindre facilement, les distinguer entre elles ? Quel prix ?



Mais comment chercher ? A moins que vous ne connaissiez déjà un pote bizarre qui passe son temps à parler de combats de playmobils ; il faudra fouiller un peu. A l’instar des habitués des égouts de Paris, ce genre de personne ne coure pas les lieux communs ou passe complétement inaperçu. (On constatera cependant un trou générationnel entre les 18-25 ans.) Il faudra s’en remettre aux enseignes suivantes :

  • Boutiques spécialisées, souvent couplées jdr ou modélisme, vous les reconnaitrez à leurs étagères garnies en vitrine. Il peut y avoir quelques tables de démonstration, des hobbyistes de passage ou le patron qui peut être aimable.
  • Clubs et associations, ils sont souvent remplis de gens affables ; j’ai dit que c’était un hobby social, non ?
  • Les livres de jeu, que vous pourrez trouver dans lieux précédents.
  • Les fora (pluriel de forum) d’un jeu, d’un club. Pratique pour les personnes qui n’habitent pas les grandes villes. C’est une occupation assez orimarginale et en conséquent, il y a tout petit peu moins de clubs et de magasins spécialisés que pour le foot par exemple.
  • Les blogs personnels et géniaux ;)



J. lance sa moto dans une charge effrenée pour cueillir la troupe de X. planquée derrière le bunker

Corvus Belli



Bon j’ai enfin choisi ( ah tu crois ?)
Bref, on ne remplace pas le contact humain. Trouvez-vous un jeu, et quelques partenaires (que vous nommerez maîtres à ce moment précis, vous pourrez ainsi manipuler leurs jouets tout en jouant l’humilité) ; et lancez-vous dans des parties d’initiation afin de voir si vous accrochez : peu d’unités présentes, petit plateau, objectifs et règles simples. Attention, faites des parties d’initiation AVANT de sortir la carte bleue (ou alors uniquement pour payer un coup à vos maîtres partenaires.


Ceci clos la partie 1 de ce dossier qui était consacré à la présentation et au choix des jeux de figurines. Rendez-vous mardi prochain pour attaquer la suite :



Tout ceci est tiré de mon expérience personnelle, si vous avez des remarques, des conseils à donner, n’hésitez pas à utiliser les commentaires, je compléterai les articles.

GTSoul

Die zombie hippie ! Die !